Une nuit au sommet du Mont Aiguille

Informations sur le parcours

Type : Climbing

Distance à pied: 16 km

Dénivelé positif: 1300 m

Temps: 2 jours

 

 

Difficulté: Difficile

Départ: Chichilianne

Arrivée: Même endroit (boucle)

Pays: France

Prenez de l’escalade en rocher facile, ajoutez-y de la neige, de la glace, très peu de points d’assurage/ancrage et une pincée de chutes de pierres et vous obtiendrez de l’alpinisme plus difficile.

Mi-printemps de l’an passé avec mon ami Alexandre, nous avons tenté le Mont Aiguille. Dû à des couloirs enneigés et n’ayant pas de crampons et piolets nous avons rebroussé chemin au milieu de la voie.

Cette année avec de nouveaux camarades (Martin, Pierre et Jimmy), nous somme allés/retournés au Mont Aiguille. Le projet: faire le Mont Aiguille fin hiver/début printemps pour avoir des vraies conditions d’alpinisme et surtout pour être seul sur la montagne. En effet, en été le Mont Aiguille s’avère peu compliqué et il est donc fréquent qu’il y ait plusieurs cordées sur la voie normale (Orienté NE).

Vendredi soir après 7 heures de route, nous squattons et dormons dans des toilettes que j’avais déjà repérées à une expé précédente. Samedi nous nous réveillons à 6h et ne partons que vers 7h30. Après une superbe marche d’approche de 1h20 nous arrivons à la base de ce monstre de calcaire. Nous y faisons une pause, c’est le moment de manger un dernier bout et d’enfiler baudrier, dégaines, friends, cordelette, sangle, reverso « et merde les broches… » On a oublié les broches à glace, tant pis on fera sans.

Les 4 premières longueurs sont assez faciles: escalade à bas niveau en rocher. Nous mangeons notre midi à « l’entaille de la vierge ».

C’est ensuite que les choses se corsent. Nous enfilons nos crampons et prenons nos piolets en mains. Je pars en premier de cordée et je comprends vite ce qui m’attend: un couloir enneigé et partiellement glacé de 40m à 50 degrés avec pour couronner le tout un joli précipice au bas de la pente. C’est ce même couloir qui nous avait fait rebrousser chemin, Alexandre et moi un an plus tôt. Je m’engage, n’ayant pas de broche, je retiens mon souffle et tâche d’être prudent: coup de crampon, coup de crampon, coup de piolet. Je croise un gros bloc mais je ne parviens pas à y mettre de coinçeur… après avoir fait le 3/4 de la pente Pierre m’annonce qu’il est en bout de corde. « MERDE », j’avais peu envie de lâcher mon piolet pour retirer mes anneaux de buste mais il le fallait. Après avoir fait cela et continué le dernier quart, je finis par trouver un point où je peux me vacher. Une fois vaché j’accroche la corde pour que Pierre et Martin puissent l’utiliser en corde fixe et y faire glisser un prussik. Jimmy passant en dernier pourra être assuré au reverso d’en haut. Sur cette section nous avons perdu beaucoup de temps et je commence à douter. A vrai dire c’est ma troisième tentative: la première fut celle avec Alexandre, la seconde avec Pierre, Nico, Quintôt et Raph avait été tentée en plein hiver mais l’approche nous prit trop de temps à cause de la quantité de neige qu’il y avait.

Bon pas le choix faut continuer, notre meilleur accès de sortie maintenant c’est le sommet. Avec nos crampons et piolets ça passe.

Enfin, nous arrivons à la dernière cheminée de 80 mètres. Un cable y a été installé où l’on peut s’y longer. Or par section il est sous une épaisse couche de glace/neige. Il faut donc retirer sa vache, grimper quelques mètres sur glace et se re-vacher. Sur ces sections j’essaie donc tant bien que de mal de trouver des fissures où coincer mes friends. Mais la neige recouvre les trous dans la paroie. J’arrive à en placer 2 sur les sections sans cable.

Après un dernier effort assez exposé sans aucun point car énorme couche de neige, je casse un peu la corniche, je donne un dernier coup de piolet et me hisse au sommet. De là je trouve une pierre où faire un ancrage et assurer Pierre. Une fois arrivés au sommet, Pierre me dit en regardant le relais artisanale: « heureusement que je savais pas sur quoi tu m’assurais ». « T’inquiète c’est beton, fin j’espère. » Martin et Jimmy ne tardent pas à nous rejoindre et là c’est l’instant magique au sommet du Mont Aiguille: coucher de soleil, pas de vent, vue dégagée sur les Ecrins…

Au sommet du Mont Aiguille

On installe nos tentes là en haut et nous passons une super nuit. Dimanche matin il fait magnifique. Nous faisons plusieurs longs rappels. Sur le dernier rappel il y a un noeud au bas d’un brin de corde. En le démêlant suspendu en rappel, mon prussik se serre trop, je ne parviens plus à descendre. Je fais alors une boucle autour de mon pied pour remonter sur corde et déserrer le prussik. Voilà que maintenant à cause de mon crampon mon pied est emmélé dans la corde. Finalement, suspendu, je parviens à enlever mon crampon et me libère de la corde. Je finis les derniers mètres qui me séparent du sol et me voilà en bas.

 Une fois tous au sol, nous posons un dernier regard sur ce bloc de calcaire de 300m atteignant 2080m d’altitude en mangeant des nouilles au soleil.

Il est l’heure de s’en aller, 1h de marche de retour nous attend encore avant de revenir à notre squat: les toilettes. Ça aura été un super exercice d’alpinisme autant théorique que pratique.

Mais comme annoncé dans les topos: avec neige et glace, le Mont Aiguille est mal commode…

Merci à Martin, Pierre et Jimmy pour cette course et ce week-end de trois jours dans le Vercors! Quant à moi, je vais me chercher un nouveau défi.